Mais arrêtons-nous un peu sur le col ouvert. Sa vogue remonte aux années 1920, époque à laquelle faisait rage un débat enflammé entre les tenants du « stiff collar » et ceux du « soft collar ». Ces derniers n’hésitaient pas à porter leurs cols déboutonnés et grand ouverts sur la veste, formant ce que l'on appelait un col Byron, qui ressemble à un col cubain bricolé.
Dès le début des années 1930, les premiers modèles de col cubain, ou camp collar, sont apparus dans les catalogues de vente de prêt-à-porter sous le nom de « sports collar ». Il s’agissait d’un col cranté et convertible pourvu d’une petite boucle et d’un bouton placé sous le col qui permettaient de le porter ouvert ou fermé avec une cravate. La longueur de ses pointes suivait la mode. Elles étaient similaires au col Barrymore ou spearpoint dans les années 1930 avant de se réduire dans les années 1940 et 1950.
C’est ainsi que la chemisette à col cubain entre en scène. C’était une version épurée de la saharienne et la guayabera. La ceinture, les poches à soufflet, les épaulettes et les détails décoratifs ont disparu. Elle a une ou deux poches poitrine plaquées avec ou sans rabat, un fond droit et deux fentes latérales. Pour un temps, on la voit encore souvent portée dans le pantalon. Toujours est-il, cette forme va finir par s’imposer à partir des années 1940, déclinée dans une multitude de tissus et dans une série de variantes comme la cabana shirt avec deux grandes poches plaquées souvent associé à un short assorti, la bowling shirt bicolore ou la chemisette hawaïenne à motifs tropicaux.
En parallèle à l’évolution de la shirt jacket, un autre type de vêtement confortable inspiré par la chemise émerge à la fin de la première guerre mondiale : la blouse jacket.
L’engouement pour le sport comme le golf et les véhicules motorisés (moto et voiture) ont créé un besoin pour des « manteaux courts » qui offriraient une plus grande liberté de mouvement (le golf) ou un plus grand confort sur la selle d’une moto ou sur le siège d’une voiture. La blouse jacket était précisément une veste courte qui « blouse » à la taille. La forme générale va progressivement se stabiliser sous le nom de cossack jacket à la fin des années 1920 : une veste à la coupe ample dont la taille est ajustée par des pattes de serrage latérales ou une bande de taille en tricot côtelé. Le col « cossack » proprement dit va peu à peu disparaitre au profit du col chemisier de la gab jacket, du col en tricot côtelé de la bomber jacket et du col montant boutonné de la golf jacket. Les dos fantaisie (« back belts » et soufflets d’aisance), caractéristiques des blousons et des vestes sports de l’entre-deux-guerres, vont également être abandonnés dans les années 1940. La fermeture éclair va aussi finir par supplanter le boutonnage.
Si l’on rassemble les traits fondamentaux de la shirt jacket et de la blouse jacket, une coupe ample, un col ouvert sans pied de col et un fond droit avec des pattes de serrage latérales, on revient à notre point de départ. La shirt-jac des années 1960, qui pourrait tout aussi bien s’appeler une blouse-jac, a un temps symbolisé la quintessence du cool californien, que l’on pense à Elvis Presley dans Fun In Acapulco ou aux photos de Nat King Cole à la même époque, qui portaient tous les deux des modèles sans doute confectionnés par Sy Devore, le tailleur de Frank Sinatra.
Reste que la shirt-jac est l’héritière de cette double histoire, un hybride d’hybrides, et sa conclusion logique.
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